mardi 4 mars 2014

Crash entre deux P-38 à Lierneux le 16 sept.1944

Les deux P-38 du 367eFighter Group
Le 16 septembre 1944, le 394e Fighter Squadron du 367e Fighter Group décollait de la base française de Clastres. Leur destination était Bonn, en Allemagne, afin d’y effectuer une mission de support.

Lors de cette mission, deux P-38 furent perdus au-dessus de la région de Lierneux :
P-38J-10  - N°:  42-68110 - 367e FG - 394e FS  -  MACR: 9110
Pilote: 2Lt Charles F. PAGE

P-38J-15   -N°:  42-104409 - 367e FG - 394e FS  -  MACR: 9111
Pilote: 2Lt James F. PARKER

Le même témoignage figure sur les deux MACR: celui du Capitaine W.G. McCARTHY
Je commandais le Squadron durant une mission dont l’objectif se situait en Allemagne de l’ouest. Nous rencontrâmes de mauvaises conditions météorologiques nécessitant le pilotage aux instruments. Je modifiai la formation des Flights : le Lt Page volait en position Red 2, et le Lt Parker volait en position Blue 2. Les Flights Red et Blue étaient distants d’au moins un demi mile, et semblait donc qu’il n’y avait aucune possibilité de collision entre les Lts Page et Parker.
Aucun mot ne fut prononcé à la radio par ces deux pilotes. Tous deux volaient à une bonne position quand nous sommes entrés dans les nuages, mais quand le Squadron en sortit, Le Lt Page et le Lt Parker étaient manquants.
Mon opinion est que tous deux tentèrent de voler aux instruments plutôt que de rester en contact avec les avions de tête, et ils furent ainsi mis en difficulté.
Les deux pilotes n’avaient pas beaucoup d’expérience du pilotage aux instruments.

Bien que le Capitaine McCarthy pensait qu’une collision n’était pas possible, il semble bien que les deux P-38 se soient percutés. Il semble en effet bien peu probable que deux avions s’écrasent au même moment pour des raisons mécaniques, surtout qu’aucune activité ennemie n’était signalée à ce moment.

Le 2Lt Charles Page s’est écrasé sur la colline de Groumont.
Un monument a été érigé à proximité du lieu du crash.


Le monument à la mémoire du 2Lt Page
Le point de chute du 2Lt James Parker est resté inconnu du grand public durant longtemps, mais nous avons récemment eu connaissance d’un document précieux: La photo d’un document américain contenant la « copie conforme » en français du rapport de la Gendarmerie de Vaux-Chavanne relatant l’incident .

Voici les principaux extraits de ce rapport qui nous a été transmis par Mr Herman R. :
« Le samedi 16 septembre 1944, un avion allié est tombé en flammes au lieu dit « Bahou », commune de Grandménil, Belgique. La Gendarmerie belge s’est rendue sur les lieux. Avec l’aide de quelques volontaires, elle a ramassé les restes du corps de l’aviateur. Une plaque d’identité, une montre, un couteau et un mouchoir de poche ont été découverts parmi les débris. Un service funèbre a eu lieu en l’église de Grandménil le 18 septembre.
Le corps a été inhumé au cimetière de la même commune. »
Une feuille précisant le nom de l’aviateur était attachée au document :
il s’agit bien du 2Lt James F. Parker

Le 25 septembre 2016, un monument à la mémoire du Lt Parker fut érigé près de Manhay.

Organisation: Mr Eddy Monfort, Comité Culturel de Manhay et ASBL Ardennes White Star US Army
(photo: Paul Remy)
La position exacte du point de chute du Lt Parker est indiquée sur cette carte.
(Source: Eddy Monfort)

Lt Charles Page

Lt James Parker




















(Photos : Benedikte Gijsbregs)

Les deux aviateurs sont inhumés au Cimetière Américain de Henri-Chapelle
Lt Page
    Parcelle E – Rangée 14 – Tombe 19

Lt Parker
 Parcelle G – Rangée 15 – Tombe 24





dimanche 23 février 2014

Crash d'un B24 sans pilote le 25 déc. 1944

L’incroyable vol du « Bold Venture III »
B-24J  42-50675 – “Bold Venture III”  -  467e BG - 788e BS    MACR 11256
Sources:
- MACR 11256
- Website du 467e Bomb Group: http://www.467bg.com/4250675.htm
- Article paru dans le journal « Eastern Daily Press » (EDP) dans son « Supplément du  Dimanche »  du 21 déc 08, pages 4-5.

Le 25 décembre 1944, le B-24  42-50675 décolla pour une mission de bombardement en Allemagne. Il appartenait aux mêmes groupe et squadron que le B-24 42-95220 tombé à Rettigny lors de la même mission.
La mission se passa bien jusqu’aux environs de l’objectif, où l’avion fut touché à l’arrière par la flak. Le pilote signala une avarie du gouvernail de direction, cependant le bombardement put s’effectuer correctement. C’est au retour qu’ils furent attaqués par des chasseurs ennemis et
le moteur N°2 fut mis hors d’usage. Le pilote, blessé donna l’ordre d’évacuation.
Malheureusement, seuls les hommes se trouvant dans le poste de pilotage entendirent le signal d’alarme.
C’est ainsi que seulement 4 hommes évacuèrent l’avion à environ 16 km au nord de St Vith :
- 1Lt     Paul EHRLICH - Pilote
- 2Lt     Fred J. KILLMEYER - Co-Pilote
- T/Sgt  Roy L. YARNELL - Mécanicien
- T/Sgt  Frank C. SANDERS - Opérateur Radio
Dans la partie avant du B-24, le 2Lt John Beyer, bombardier,  le 2Lt Kenneth Ryan, navigateur, et le 1Lt Challenger Whitham, navigateur de pilotage, n’étaient pas plus au courant de la situation que les 3 autres hommes restant à l’arrière de l’appareil.

Ne sachant pas contacter le pilote, le 1Lt Whitham se rendit dans le poste de pilotage et ne vit plus personne. Avant de sauter, le pilote avait branché le pilote automatique, mais l’avion virait lentement en se redirigeant vers l’Allemagne. Le 1Lt Whitham s’assit à la place du pilote, prit les commandes, et fit prendre le cap 270° au B-24. Le Lt Beyer vint s’assoir à la place du co-pilote. L’appareil perdait lentement de l’altitude, environ 500 pieds par minute, et les corrections nécessaires furent apportées.
Quand ils rencontrèrent quelques tirs de flak, les « pilotes » entreprirent des manœuvres évasives, mais tout se passa bien. Ils décidèrent de continuer le vol jusqu’au-dessus du territoire français, puis de sauter en parachute. Les autres hommes d’équipage furent avertis de cette situation.
Après un vol d’environ 35 minutes, le navigateur déclara qu’ils étaient suffisamment à l’intérieur du territoire ami et l’évacuation fut ordonnée. Afin de pouvoir sauter en toute sécurité, ils évacuèrent le B-24 par la soute à bombes.
Ils sautèrent dans l’ordre suivant :
2Lt      Kenneth M. RYAN  - Navigateur
S/Sgt   Roland F. PERSON  - Mitrailleur latéral
S/Sgt   Leo F. FEENEY - Mitrailleur arrière
1Lt      Challenger WHITHAM – Navigateur de pilotage  
S/Sgt   John V. SALEN - Mitrailleur latéral
2Lt      John BEYER - Bombardier
Ils atterrirent à plusieurs kilomètres au sud de Valenciennes, près de Le Quesnoy.
John Salen et Challenger Whitham étaient blessés et durent recevoir des soins. Les autres purent rejoindre leur unité.
Quant à ceux qui avaient sauté près de St Vith, ils furent faits prisonniers.
Depuis St Vith jusqu’à Valenciennes, le B-24 avait été escorté par des P-51. Les hommes du B-24 avaient essayé de les contacter, mais sans succès. Les pilotes de chasse furent donc bien étonnés de voir 6 parachutistes évacuer un B-24 qui était pourtant en vol stable. 

Mais l’histoire ne se termina pas là…
Le B-24, toujours en pilotage automatique, avait continué son vol vers l’Angleterre. 
A court de carburant, il perdit de l’altitude, accrocha des arbres et s’écrasa dans la campagne  en tuant 3 vaches au passage.
Le point de chute se situe près du village de Vowchurch, dans le Herefordshire, à une distance d’environ… 500 km de Valenciennes
De nombreux articles ont été écrits au sujet du « Vol incroyable d’un B-24 vide »
Cette carte illustre bien le long vol du « B-24 vide »

mercredi 5 février 2014

Crash d'un C-47 à Sibret le 24 déc. 1944

C-47A  N°:  42-100906 - 440e TCG - 95e TCS   MACR : 11317
Le 27 décembre 1944, le C-47 du Lt Morton décolla de Chateaudun (France) avec les autres avions du 95e TCS. Leur mission était de remorquer des planeurs jusqu’à la plaine d’atterrissage de Savy afin de ravitailler les troupes américaines encerclées à Bastogne. Comme plusieurs autres avions de ce squadron, le C-47 du Lt Morton fut atteint par la flak dans les environs de Sibret.

Témoignage du Lt James Parker :
Je volais du côté droit de l’avion du Capitaine Morton. Juste avant d’arriver au-dessus de la zone de largage des planeurs, je remarquai que l’avion du Cap Morton avait été touché par la flak et qu’il commençait à monter. La dernière fois que je vis l’avion, il passait au-dessus du mien en remorquant toujours son planeur.
Je dépassai la zone de flak après avoir viré à droite et je vis, sur ma droite, un avion amorçant une descente en virant légèrement à droite. Je remarquai aussi deux parachutes venant de cet appareil et je suis pratiquement sur qu’ils atterrirent en sécurité. Je ne sais pas si l’avion s’écrasa ou pas, je ne suis pas sûr que c’était celui du Cap Morton. 

EQUIPAGE

Pilote: Capt David B. MORTON: tué au combat
Photo : findagrave.com
Co-pilote: Fl/O Virgil W ANDERSON: tué au combat
Navigateur : 2Lt Wilmar S. WEBER: prisonnier
Chef d’équipe : S/Sgt Worth B. WHITE Jr: tué au combat
Radio: S/Sgt Robert FINE: prisonnier

Le  témoignage du Lt Parker n’est pas précis, mais les troupes au sol ont bien repéré le point de chute après avoir libéré la région.
Les débris de l’avion ont été localisés aux coordonnées P-460615 (approximativement 50.02.01 N – 05.35.09 E)  à 200 yards (182.88m) au sud de la Route Nationale 4 et approximativement à 3 miles (4.82 km) au nord ouest de Mande St Etienne.
L’épave, presque entièrement désintégrée, était à peu près en face d’une maison située au nord-est de la N4.
Le numéro 2100906, figurant sur la dérive, était lisible malgré l’effacement partiel du dernier chiffre.
(Pour rappel, le premier chiffre indique l’année, le N° de série réel dans ce cas est donc
42-100906.)


mardi 28 janvier 2014

Crash de 2 P-47 dont un à Bovigny le 27 décembre 1944


Les deux amis du 494e Fighter Squadron  48e Fighter Group
Lt George Riegler et Lt Charles Looper
Le 27 décembre 1944, les P-47 du 494e Fighter Squadron du 48e Fighter Group décollent de l’aérodrome de Saint-Trond pour une mission de reconnaissance armée. Dans la région de St Vith, un combat s’engage entre les P-47 et les chasseurs ennemis.
Dans le journal américain « TPO - The Tampa Tribune » un article publié le 06 novembre 2011 raconte l’histoire de deux pilotes abattus lors de ce combat : Le Lt George Riegler et le Lt Charles Looper. Ces deux pilotes étaient originaires de la région de Tampa, en Floride. Ils devinrent amis lorsqu’ils se rencontrèrent au 494e Squadron.
Le Lt Riegler sauta en parachute et atterrit dans les lignes américaines. Il n’existe pas de rapport officiel (MACR) dans ce cas, et nous n’avons pas d’informations autres que celles parues dans le journal.

Extraits du récit du Lt Riegler :
Notre Squadron fut envoyé à St Trond, en Belgique, et nous fûmes impliqués dans la bataille des Ardennes. Nous avions effectué 26 missions avant celle du 27 décembre 1944.
Vers 10 heures, nous survolions le Luxembourg quand nous reçûmes l’ordre de nous disperser en petits groupes et de rechercher des cibles. Nous fûmes rappelés et je piquai pour lancer mes bombes suivant les instructions. Je volais en dernière position. Lorsque je rejoignis la formation, je vis des avions ennemis en face de moi. Je donnai l’alerte et je me dirigeai vers eux.
Je fis feu sur un avion qui dégagea, puis sur un autre. Je remarquai que mon avion émettait de la fumée, mais je ne réalisai pas que j’étais touché. Je plongeai et volai le plus bas possible pour ne pas être repéré et j’essayai de rejoindre la base. Après 5 minutes, mon moteur commença à avoir des ratés. Mon réservoir était encore à moitié plein, et je ne pouvais pas me poser sur le ventre sans risque d’explosion.
Je n’avais jamais sauté en parachute, et je priais pour que tout se passe bien. Lorsque je me suis éjecté, ma jambe droite heurta la dérive arrière de l’avion. Mon parachute s’ouvrit, mais une des suspentes du parachute s’enroula autour de ma jambe gauche. Je terminai mon atterrissage sur les épaules et la tête, je restai inconscient durant 15 minutes.
J’étais arrivé en territoire ami au moment où j’ai sauté. Quand je me réveillai, j’étais entouré de plusieurs fermiers belges et de GI’s qui me regardaient. Après quelques minutes, le général Pete Quesada arriva et me demanda « Comment vas-tu, fils ? », je répondis « Bien, je suis vivant ». J’avais les deux jambes cassées, le général me fit transporter dans un hôpital belge où je fus très bien soigné.

Le Lt Looper, pilotant le P-47 43-25571, parvint aussi à sauter en parachute, mais il atterrit en zone ennemie et il sera fait prisonnier.
Le rapport officiel (MACR 11507) donne des indications contradictoires en ce qui concerne le point de chute de l’avion.
Dans son témoignage, le Lt Earl Wells affirme qu’il a vu un avion percuter le sol et que son pilote, probablement le Lt Looper, a sauté en parachute.
Sur la page 2 du rapport, on peut lire que le point de chute est situé aux coordonnées P8072, un peu à l’ouest de Bovigny, mais sur la carte figurant en dernière page du rapport, il est indiqué que le Lt Looper a été vu pour la dernière fois un peu au nord est du village.
Nous ne savons donc pas préciser le point de chute, mais on peut penser qu’il se situe effectivement dans la région de Bovigny.
Coordonnées du MACR : P7082 = 50.13.25N – 05.54.50E

Carte du MACR
Extraits du récit du Lt Looper :
Nos P-47 décollèrent fin décembre et s’espacèrent à 50 yards les uns des autres, en formation de combat. Nous venions de bombarder et de mitrailler quelques véhicules lorsque George Riegler appela : « Ennemis à 3 heures ». Je regardai à droite et je vis un Me-109 se dirigeant vers le sol. Je le vis passer sous mon aile droite.
J’aperçus des traçantes vertes passer le long de mon avion. Comme les nôtres étaient d’un blanc rougeâtre, je sus que j’avais des problèmes. Une autre série de traçantes passa près du nez de l’avion. Un grand trou apparut dans mon aile gauche et un autre près de mon pied gauche. Le cockpit pris feu. Je me dirigeai vers nos lignes, et je restai dans l’avion aussi longtemps que je pus, assis au-dessus d’un réservoir contenant du carburant à haut indice d’octane avec du feu près de moi. Je signalai que j’évacuais l’avion.
Je commençai ma descente en parachute en espérant que j’étais en territoire ami. J’entendis ce qui me semblait être un coup de fusil juste avant que je n’atterrisse dans un arbre. Je descendis vers le sol couvert de neige et je m’éloignai rapidement de mon parachute. Je vis plusieurs soldats se diriger vers le lieu de mon atterrissage. Quand je vis leurs casques, je sus que j’étais en territoire allemand. J’étais debout près d’un sapin et ils passèrent juste à côté de moi.
Je me déplaçai rapidement dans la direction d’où ils étaient venus, il était 11 heures. Je trouvai un beau bosquet et j’essayai de dormir. A la tombée de la nuit, je me dirigeai vers nos lignes. Au lever du jour, je me cachai à nouveau.
Vers 17 heures, je rencontrai un groupe d’allemands qui se mirent à tirer. Je croyais qu’ils tiraient en l’air, jusqu’à ce qu’une balle atteigne ma jambe. Je criai « Camarade » en espérant qu’ils allaient cesser le feu. Un homme demanda où était mon équipier, je répondis que j’étais seul. Il me dit « Nous allons le rechercher, si nous le trouvons, vous serez tués ».
C’est en train que je fus conduit dans un camp de prisonniers situé près de la frontière polonaise. Les Russes approchaient et trois jours après mon arrivée, nous dûmes partir à marche forcée. Nous marchions durant 50 minutes, puis un repos de 10 minutes nous était accordé. Plus tard, on me fit monter dans un wagon à cause de ma blessure. Après un long voyage en train, j’arrivai au stalag 7A.
Nous fûmes libérés par les troupes américaines le 8 avril 1945.

jeudi 5 décembre 2013

Crash d'un B17 à Gossonru Remouchamps le 12 mai 1943

Le crash du « Lucky Lady » à Gossonru
B-17G  -  N° 42-39941 „Lucky Lady“   452e BG - 751e BS  MACR 4819   

EQUIPAGE

Pilote

1Lt
Richard F. NOBLE
Co-pilote
2Lt
Daniel G. VIAFORE
Bombardier
2Lt
Bruce W. CLAGO
Navigateur
2Lt
Richard D. LAULE
Mécanicien
T/Sgt
Lloyd A. MARTIN
Radio
T/Sgt
Robert ATKINS
Tourelle ventrale
S/Sgt
Ralph J. MUNN
Mitrailleur latéral D
S/Sgt
Vernon L. MOODY
Mitrailleur latéral G
S/Sgt
George B. BRUSH
Mitrailleur arrière
S/Sgt
Leon H. DAVIES

Le 12 mai 1943, le « Lucky Lady » décollait avec son groupe de bombardement de la base de Deopham Green pour aller bombarder un objectif à Brux, en Tchecoslovaquie. C’est au-dessus de cette localité qu’il fut touché par la flak. Le pilote réussit à ramener son avion vers l’ouest, mais il dut donner l’ordre d’évacuation dans la région de Sprimont.
Le B-17 s’écrasa à Gossonru, sur le flanc d’un coteau.

Extraits des informations du MACR 4819
Témoignage du 1Lt Donald Hattrem.
Le bombardier B-17 42-39941 fut atteint par la flak directement au dessus de Brux.
Il avait deux moteurs hors service, il ne put suivre la formation et il prit du retard.
Le pilote me demanda une protection de chasseurs, et je les appelai. Les chasseurs arrivèrent endéans les 5 minutes. Je vis le B-17 pour la dernière fois près de la frontière Française, il se trainait loin de la formation, mais il était sous contrôle et gardait le bon cap.

Témoignage du 1Lt Raymond Kurtz.
En quittant l’objectif, l’avion 42-39941 demanda une protection de chasseurs. Il avait un moteur hors service, mais l’appareil était sous contrôle. En approchant de Francfort, il appela sur le canal A en disant « Je ne crois pas que j’atteindrai la côte ». Je lui ai dit de tenir, si possible, jusqu’au territoire ami et puis d’évacuer l’avion. Les derniers mots que j’entendis furent « Compris, je vais essayer de faire ainsi ». Il était à la traîne mais gardait le bon cap la dernière fois que je le vis.

Témoignage du 2Lt Richard Laule, navigateur sur le « Lucky Lady ».
Tout l’équipage sauta en parachute dans la même région située autour de Sprimont, en Belgique. Par l’intermédiaire de la Résistance Belge, j’entrai en contact avec 4 autres membres de l’équipage : le bombardier (2Lt Clago), le mécanicien (T/Sgt Martin), le radio (T/Sgt Atkins) et le mitrailleur ventral (S/Sgt Munn).
J’appris que le mitrailleur arrière (S/Sgt Davies) et les deux mitrailleurs latéraux (S/Sgt Moody et S/Sgt Brush) furent capturés dès leur arrivée au sol. Je fus informé plus tard que le pilote (1Lt Noble) et le co-pilote (2Lt Viafore) étaient hébergés par un autre groupe de la Résistance.

Ce témoignage est partiellement contredit par le rapport allemand KU 1841.
En effet, il y est indiqué que les S/Sgt Leon Davies, Vernon Moody et George Brush ont bien été capturés le 12 mai 1943,  mais il est précisé qu’ils étaient tous les trois en habits civils. On peut donc en déduire qu’ils ont été capturés un certain temps après leur arrivée au sol, et non pas immédiatement.

Suivant ce même rapport KU 1841, 4 hommes ont été capturés à Liège le 27 juin 1944 :
Le 2Lt Bruce Clago, le 2Lt Richard Laule, le T/Sgt Lloyd Martin et le S/Sgt Ralph Munn.
Ce dernier avait eu des deux jambes gelées, car sa combinaison chauffante n’avait plus fonctionné suite à une panne du circuit électrique consécutive aux dégâts causés par la flak.
Dans un premier temps, un médecin belge l’avait soigné du mieux qu’il pouvait, mais après sa capture, un médecin allemand voulut l’amputer. Ralph refusa et recouvrit finalement l’usage de ses jambes, mais celles-ci restèrent déformées pour le restant de ses jours.
Le S/Sgt Robert Atkins avait quitté ses 4 compagnons avant leur arrestation à Liège le 27 juin. D’autres résistants avaient besoin de lui à cause ses connaissances en technique radio. Il échappa ainsi à la capture et fut hébergé en Belgique jusqu’à la libération.

Le 1Lt Richard Noble et le 2Lt Daniel Viafore, hébergés par le réseau  Comète, resteront ensemble jusqu’au début du mois d’août 1944.
Le 2Lt Viafore sera libéré le 06 septembre 1944 au camp d’Acremont par les troupes américaines.
L’histoire complète du Lt Viafore peut être consultée sur le site du réseau Comète :

Le 1Lt Noble décida de quitter le camp pour tenter de rejoindre les lignes américaines par ses propres moyens, mais il fut repris par les allemands.
Il parvint encore à s’échapper en compagnie d’un pilote canadien, le P/O Henri Dube, mais ils furent à nouveau repris.
Ils furent exécutés par les allemands à Olizy (Ardennes françaises) dans l’après midi du 8 août 1944.

Le 1Lt Richard Noble repose au Cimetière Américain de Neuville en Condroz.

Parcelle D - Rangée 4 - Tombe 19
1Lt Richard NOBLE

lundi 4 novembre 2013

Crash d'un B17 à Cornémont (Louveigné) le 24 décembre 1944

Un fragment d’aile du « Lindy Lou » au musée de la 8e Air Force de Pooler en Georgie USA
B-17  -  N° 44-8192  „Lindy Lou“  487e BG - 838e BS  MACR 11258

Le 24 décembre 1944, le « Lindy Lou » fut abattu en même temps que le « Weary Willie » tombé à Warnoumont. Tous deux appartenaient au 487th BG qui faisait partie du groupe de tête de la plus grande attaque aérienne de la guerre. Ce groupe était composé de 54 bombardiers

4 membres d’équipages furent tués :
- 2Lt Kenneth W. LANG, pilote-Cimetière américain de Henri-Chapelle 
- 2Lt Howard L. MILLER, co-pilote–Cimetière américain de Henri-Chapelle 
- Sgt Donald R. HUCK, radio - Conrad Memorial Cemetery , Kalispell, Montana USA
- S/Sgt Donald C. KAUSRUD,  mitrailleur latéral - Fort Snelling National Cemetery,   Minneapolis, Minnesota, USA

5 membres d’équipage survécurent:
- 2Lt George F. LANG, bombardier
- F/O Samuel ALVINE Jr, navigateur
- T/Sgt James A. WEBER, mécanicien de bord
- Sgt Robert YOWANN, mitrailleur ventral
- Sgt Charles W. HASKETT, mitrailleur arrière 

Voici quelques précisions sur le point de chute de ce bombardier.
(Source : Musée de l’Air de Bruxelles)
Le « Lindy Lou » est bien connu dans la région de Louveigné, et plusieurs articles le concernant sont parus dans les journaux.
Nous avons donc ajouté des informations moins répandues : des extraits du MACR (rapport d’accident) de cet avion, ainsi qu’un article d’un journal américain.

Extraits du MACR 11258. Rapport aimablement transmis par Mr Luc Vervoort.

1-   Témoignage du mitrailleur arrière, le Sgt Charles W. HASKETT, qui revint en Belgique bien des années plus tard.
- L’avion fut abattu par des FW190. Une trentaine de chasseurs nous ont attaqués par l’arrière et par le bas. Nous volions en position #10 du Squadron inférieur et il semblait que nous étions au centre de l’attaque.
- Il me semble que notre avion ne fut réellement attaqué que par deux avions ennemis. Ils étaient vraiment près quand ils ouvrirent le feu, environ 600 yards. Il est possible qu’ils aient utilisé des roquettes, bien que je ne vis pas de trainées. Cependant, il semblait y avoir des flashes à environ 6 à 10 pieds devant les chasseurs, cela provenait probablement de canons de 20mm.
- Le premier chasseur atteignit le moteur #2. Il prit feu et les flammes atteignirent le fuselage.
Le deuxième chasseur atteignit à peu près le même endroit, ce qui augmenta l’importance des flammes qui s’étendirent jusqu’à 15 ou 20 pieds derrière la queue. De nombreuses balles de mitrailleuses atteignirent la queue faisant voler le plexiglas arrière en éclats.
Je me rappelle aussi de longues lignes de trous faites par les projectiles le long du fuselage.
- Tandis que je faisais feu, j’entendis le mitrailleur ventral, le Sgt Yowan appeler le mitrailleur latéral, le Sgt Kausrud et lui dire qu’il était touché. Peu après, j’entendis le mécanicien, le S/Sgt Weber dire « Touché les gars, ça brûle comme l’enfer ». A ce moment, j’essaye d’accuser réception, mais l’interphone se coupe. Je saisis et j’attache mon parachute, puis je rampe vers la trappe de sortie arrière. A ce moment, je suis pris de vertige à cause du manque d’oxygène et je n’arrive pas à actionner le levier d’ouverture de la trappe de sortie d’urgence.
Je me jette de tout mon poids contre cette trappe qui s’ouvre et je roule dehors. Je ne vois personne d’autre s’évacuer de l’avion. Je retarde l’ouverture de mon parachute jusqu’à environ 2000 pieds, ce qui est probablement trop bas, car, à peine ouvert, je touche le sol en faisant un atterrissage très brusque. Ma jambe gauche est foulée et très douloureuse.
- Quand j’ai quitté l’avion, il n’était plus qu’une boule de feu. Cependant il était encore sous contrôle et non pas en vrille, ce qui me fit penser que le pilote et le co-pilote étaient toujours aux commandes.
- J’atterris au voisinage des coordonnées 5028-0540, à environ 6 ou 7 miles au sud est d’Aywaille. Pensant que j’étais en territoire ennemi, je cachai immédiatement mon parachute et ma veste de sauvetage dans un fourré. Peu après, je vis une femme. Il était trop tard pour me cacher car elle m’avait vu. Je lui fis signe, mais elle s’éloigna rapidement avec un chien qu’elle tenait en laisse. Je pu voir mon compas au travers du plexiglas de mon kit d’évasion et je me dirigeai vers l’ouest en utilisant un bâton, car ma jambe était en mauvais état.
- J’avais progressé d’environ un demi mile lorsque je vis une patrouille de militaires sur un half track, à un quart de mile de moi, mais trop loin pour les identifier. Je rampai vers des buissons pour m’y cacher. Ils passèrent près de moi et je les entendis parler, je reconnus immédiatement qu’ils étaient des GI,s. J’attachai un mouchoir blanc à un bâton et je l’agitai en me dirigeant vers eux.
- Au premier abord, je crus qu’ils allaient tirer sur moi car ils épaulèrent leurs fusils. Je prouvai mon identité au moyen de ma plaque d’immatriculation.
Un Lieutenant me conduisit alors à un poste de secours à Aywaille où je fus minutieusement interrogé, tandis que ma jambe était examinée.
Je ne me rappelle pas des questions qu’ils m’ont posées.
- Le matin suivant, je fus conduit à un poste d’évacuation, puis à Verviers où je passai la nuit. Je fus ensuite envoyé en train à l’Hôpital Général situé près de Paris. Le jour suivant, transfert à Cherbourg où je passai la nuit dans un train hôpital. Après une autre nuit passée à Cherbourg dans un navire hôpital, nous allâmes à Southampton, puis à l’hôpital 162, près de Lincoln.
- Je ne sais rien concernant les autres membres d’équipage.

2-  Témoignage du mécanicien de bord, le T/Sgt James A. WEBER
L’avion fut abattu par des chasseurs ennemis (FW190) le 24 décembre 1944. Du fait que les portes de la soute à bombes étaient fermées et que je tirais sur les ennemis depuis la tourelle supérieure, je ne savais pas ce qui se passait dans le fuselage et à l’arrière, sauf que le mitraillage ennemi était terrifiant dans cette section et qu’elle était percée de nombreux trous. Le Sgt HUCK fut appelé en renfort pour assister le mitrailleur latéral, le Sgt KAUSRUD. Je sais que seulement 5 de nos hommes avaient évacué l’avion quand celui-ci fut enveloppé par les flammes. Il s’agit du F/O ALVINE, du Lt George P. LANG, du Sgt YOWAN, du Sgt HASKETT et de moi-même.
- Le Sgt YOWAN, mitrailleur ventral, pourrait donner plus de détails concernant le Sgt HUCK, car il a dû ramper depuis sa tourelle ventrale et passer par le fuselage pour atteindre la trappe d’évacuation et sauter. Au moment ou j’ai sauté, je ne connaissais rien au sujet du Sgt HUCK ni des membres d’équipage autres que ceux que j’ai cités plus haut.
- Cependant, depuis mon retour à la base, j’ai appris que le Sgt KAUSRUD et le Lt MILLER, le co-pilote avaient été déclarés tués au combat.

3-  Extraits du témoignage du bombardier, le Lt George LANG
Nous avons été attaqués vers 12h15, à environ 5 miles au sud est de Liège, Belgique, à une altitude approximative de 22000 pieds. Après 4 ou 5 attaques qui semblaient aléatoires, 7 chasseurs ennemis firent une attaque frontale venant de la direction « 2 heures », légèrement plus haut que nous. Durant cette attaque, le nez et le cockpit de l’avion furent fortement touchés. J’ai immédiatement essayé de contacter le pilote et le co-pilote par l’intercom, mais je ne reçu pas de réponse. 
Il est certain que l’intercom fonctionnait à ce moment, car le mitrailleur arrière appela pour nous informer qu’environ 40 avions ennemis arrivaient derrière nous. Durant cette attaque, faite en file, notre mécanicien, le Sgt James A. WEBER déclara que notre avion était en feu et il donna l’ordre d’évacuation.

4-  Extraits du témoignage du navigateur, le F/O Samuel ALVINE
- Notre équipage était composé de 9 hommes. Il est certain que 5 d’entre eux survécurent, bien que plusieurs aient été blessés.
A ma connaissance, les 4 autres ne quittèrent jamais l’avion et on peut donc admettre qu’ils se sont écrasés avec lui. L’aile gauche était embrasée suite aux dommages causés par les avions ennemis au moteur #2. Notre charge de bombes était complète et nos réservoirs d’essence étaient remplis.
Le Sgt YOWAN, mitrailleur ventral, signala que la soute à bombes rougeoyait à cause de la chaleur provoquée par l’aile en feu. Il n’y a aucun doute que l’avion explosa juste après que YOWAN ait été parachuté.  
- Le pilote et le co-pilote ont probablement été blessés, car juste après l’attaque, j’ai regardé dans le cockpit et j’ai vu que le pare brise était parsemés de trous. Le pilote et le co-pilote avaient un visage très pâle, et ils ne firent aucun geste quand l’ordre d’évacuation fut donné.
- Je vis le Sgt KAUSRUD avec une expression de visage très bizarre, je suis presque certain qu’il a été tué instantanément.
- Le Sgt HUCK a dû être tué sur le passage à côté de la tourelle ventrale, car les projectiles avaient percé toute une ligne de trous dans cette partie du fuselage.
Schéma de la formation du 487th group le 24 déc 1944
______________________________________________

La section d’aile du « Lindy Lou », qui avait servi de toit aux abeilles de Mr Lemort,
retourna en Amérique en 2001. Elle est actuellement exposée au musée de la 8e Air Force à Pooler, en Georgie.
Voici une version américaine de son histoire :

Article paru le 29 mai 2011 dans le journal « BRADENTON HERALD »,
par Vin MANNIX

« Comme vestige de guerre, la section d’aile grise de 18 pieds peut ne pas impressionner les visiteurs du Mighty Eight Air Force Museum à Pooler, en Georgie.
Elle n’attire pas l’attention comme le « City of Savannah », un B-17 argenté, restauré avec passion par des volontaires.
Elle n’est pas non plus aussi fascinante que le buste en bronze de l’acteur Jimmy Steward, une icône américaine et pilote de B-24 durant la deuxième guerre mondiale.
Pourtant, si cette aile pouvait parler, elle pourrait en raconter des histoires… »

- Tels furent les mots de son donateur, Charlie Haskett, un brave retraité de 79 ans que j’ai présenté le 4 novembre 2001 dans le Bradenton Herald.

- A présent, il nous a quittés, mais je me remémorais ses paroles le mois dernier, en visitant le musée avec mon épouse et en voyant ce vestige d’une guerre lointaine qui fut un événement dans la vie de Haskett et de ceux de sa génération.
La section d’aile attira mon attention. Elle porte une plaque sur laquelle est gravé le portrait de Haskett avec son casque, ses lunettes, et son blouson de bombardier.
Cette section provenait de la forteresse volante de Haskett, le « Lindy Lou », qui explosa au dessus de Liège, en Belgique, la veille de Noël 1944.

- C’était la huitième mission pour ce mitrailleur arrière âgé de 19ans, et aussi sa dernière.
Il était de Bedford, dans l’Indiana.
« Cette aile ne nous a pas ramenés à la base, mais elle nous a maintenu dans les airs », se souvenait Haskett presqu’une décennie plus tôt, « Je n’avais jamais rêvé le la ramener ici ».

- Ce fut une journée incroyable.
Environ 57 ans après que Haskett fut abattu, son odyssée recommença lorsqu’il lut une histoire illustrée dans un périodique de l’Air Force au sujet de la ferme d’un apiculteur à Liège, en Belgique. Cet apiculteur avait fabriqué un toit pour ses ruches au moyen d’une section d’aile d’un vieux B-17.
Haskett la reconnut : c’était une partie de l’aile droite du « Lindy Lou ».
Sentant peut-être sa dernière chance de revoir les souvenirs de la vieille époque de la guerre, Haskett emmena son épouse, Wilma, et sa fille, Janice, dans un extraordinaire voyage en Europe. C’était en août 2001.
Il visita d’abord son ancienne base de Lavenham, en Angleterre, où était stationné le 487e Bomb Group.
Puis, les Haskett continuèrent vers la Belgique pour revoir la ville près de laquelle il avait été parachuté, et contempler la section d’aile une dernière fois.
Liège lui réserva un accueil de héros… et plus.
Lorsque Haskett rencontra la petite-fille de l’apiculteur, elle lui montra la section d’aile et fit un geste magnanime qui amena des larmes aux yeux du vétéran du B-17.
« C’est à vous » lui dit Anne-Marie Rouselle.
« J’étais bouleversé », dit Haskett, « J’étais ému en revoyant l’aile et en la touchant ».

- Mathilde and Marcel Schmetz étaient là. Ils ont établi un musée à Clermont, en Belgique, et ils aidèrent Haskett à expédier sa précieuse cargaison en Amérique.
« C’est seulement une aile, mais vous pouvez remarquer tout ce qu’elle représente  pour lui », dit Mathilde Schmetz, « C’est comme une part de lui-même, elle représente une histoire ». Une histoire qui est gravée dans le coeur de Haskett.

- Le « Lindy Lou » faisait partie d’une armada de 2000 bombardiers partis pour une mission très importante. C’était durant la bataille des Ardennes, l’attaque finale et désespérée 

Témoignages du Sgt Charles W. Haskett en langue anglaise