dimanche 12 juin 2016

Crash d'un B24 à Wideumont le 12 avril 1944

445ème BG
700ème BG

B-24J-125-CO  -  N° 42-110021  445e BG -700e BS      MACR 4057

Cet  article a été rédigé sur base des documents suivants :
- E&E Reports #2067, #2086  #,2118, #2191-
 - MACR 4057 - KU 1508 - KU 719 A -
- 445e Bomb Group Website -
- Aviation Archaeological Investigation & Research -
- Accidentreport.com -
- Interview de Nicholas VARGO (mécanicien de bord) par T.Swope du Veterans History Project.-

Le 12 avril 1944, 455 bombardiers lourds décollèrent de leurs bases anglaises pour aller bombarder différents objectifs en Allemagne. Mais les conditions météorologiques très défavorables causèrent d’importants problèmes dans l’assemblage des formations et la mission dut être supprimée. Cependant les bombardiers le la 2e Air Division ne furent rappelés que lorsqu’ils eurent atteint la frontière allemande. C’est là qu’ils furent attaqués par des chasseurs ennemis et cinq B-24 du 445e Bomb Group furent abattus.

Un de ceux-ci, le B-24 42-110021, s’écrasa dans nos Ardennes après que l’équipage ait sauté en parachute.

Equipage du B-24 41-110021:

Pilote

1Lt
Herbert W. SCHULTZ
PG
Co-pilote
2Lt
Robert M. OWEN

PG

Navigateur
2Lt
Thayne W. TOMPKINS
PG
Bombardier
2Lt
Eugene J. STEPKO
PG
Mécanicien
T/Sgt
Nicolas S. VARGO
PG
Radio
T/Sgt
John E. BROCCO
PG
Mitrailleur ventral
S/Sgt
Robert H. MURRAY
EVD
Mitrailleur latéral
S/Sgt
John C. COLEMAN
EVD puis PG
Mitrailleur latéral
S/Sgt
Herbert TOLLIVER
EVD
Mitrailleur arrière
S/Sgt
Harold R. KANAS
EVD

Le rapport allemand allemand KU 1508, signale la chute d’un Liberator le 12 avril 1944
« à 11km au nord de Neufchateau (Wideumont,) 52 km à l’est de Charleville » en précisant qu’il y avait « 10 fugitifs ».

Quatre hommes d’équipage furent pourtant capturés rapidement :
- Herbert W. SCHULTZ  a été capturé le 12 avril 1944 vers 14h00 près de Grand-Halleux, il était en uniforme.
Il fut transféré rapidement vers un camp de prisonniers.
- Robert M. OWEN  a été capturé le 12 avril 1944 vers 14h00 près de Grand-Halleux, il était en uniforme.
Il raconte « qu’il a eu une jambe cassée sautant de l’avion qui était en feu ».
- John E. BROCCO a été capturé, mais nous ne disposons d’aucune précision concernant le  lieu et l’heure.
Au moment de quitter l’avion, il a été touché à une jambe par les tirs d’un chasseur ennemi et il fallut amputer cette jambe. 
- Nicolas S. VARGO  a été capturé le 12 avril 1944 vers 20h30 dans les bois de Grand-Halleux, il portait des vêtements civils. Il fut blessé par un éclat de shrapnel.
Voici quelques extraits de son interview:
« Nous fûmes attaqués par des chasseurs. Nous avons dû être touchés aux ailerons et nous quittâmes la formation en amorçant une descente.
Nous étions aux environs de 25000 pieds quand le signal d’évacuation fut donné. Les gars de l’arrière sautèrent les premiers.
J’étais dans la tourelle supérieure et le radio (John Brocco) me tira par la jambe en me disant de venir. Nous descendîmes vers la soute à bombes pour nous préparer à sauter.
Cependant, le pilote et le co-pilote étaient toujours à leur poste et ils réussirent finalement à stabiliser l’avion. Je regardai John et nous remontâmes à notre poste.
A ce moment, deux chasseurs ennemis venaient vers nous, pensant apparemment que nous étions morts. J’ouvris le feu et je pense que je les ai touchés tous les deux, mais comme j’étais dans la tourelle, supérieure je ne pus pas les voir descendre et je ne connus pas leur sort.
Finalement, Brocco vint me rechercher et nous redescendîmes vers la soute à bombes. Nous étions prêts à sauter quand un autre chasseur arriva par en dessous et ouvrit le feu.  
John reçut un coup direct juste au-dessus de la jambe, j’étais juste à côté de lui et je reçus  un éclat de shrapnel. Le réservoir d’essence situé au-dessus de nous fut touché et une grosse explosion me projeta hors de l’avion.
Je ne me souviens pas d’avoir sauté, l’avion a explosé. Je fis cependant un bon atterrissage, j’étais brûlé au visage et je ne savais pas où j’étais ».

Nicholas Vargo fut immédiatement aidé par des civils qui lui dirent qu’il était en Belgique et ils le conduisirent à l’abri dans les bois. On lui fournit des vêtements civils et on lui  prodigua les premiers soins au visage.
Il discutait avec ses sauveurs quand soudain il aperçut des allemands qui le recherchaient. Il s’enfuit en compagnie de deux belges mais ils rencontrèrent une autre patrouille allemande et c’est ainsi qu’il fut capturé.
Il fut conduit à l’hôpital de Bruxelles-St Gilles où il rencontra ses deux équipiers blessés : J. Brocco et R. Owen.

Après la capture de ces quatre premiers hommes, les allemands pensaient que leur bombardier était tombé au sud de Malmédy, comme en témoigne le rapport allemand
KU 719 A dont voici un extrait daté du 16 avril 1944 :

Après la capture des prisonniers de guerre dont le nom figure ci-dessus, nous avons appris que les aviateurs suivants appartiennent au même équipage et sont probablement toujours en liberté :
Lt. Stepko
Lt. Dopkins
Sgt C Cooleman
S/Sgt Kanas
S/Sgt Murray
S/Sgt Tollivey
           (Remarque: certains noms sont mal orthographiés)

Il est supposé que l’avion auquel appartient cet équipage a été abattu sur le sol allemand, probablement au sud de Malmédy. Mais il est possible (encore que cette supposition semble très improbable) que ces hommes soient des membres de l’équipage d’un Liberator abattu le 12 avril 1944 près de Wideumont, à 11 km au nord de Neufchateau (52 km à l’est de Charleville) et dont l’équipage est toujours en liberté.

Remarque : Il apparaît que des B-24 ont effectivement été attaqués et endommagés dans la région de Malmédy, mais nous n’avons trouvé aucune information concernant un B-24 qui se serait écrasé aux environs de cette localité à la date du 12 avril 1944.

Deux hommes furent capturés le 28 avril 1944 à Liège en compagnie de « brigands » :
- Eugene J. STEPKO
- Thayne W. TOMPKINS
Nous n’avons pas de précision concernant leur lieu d’atterrissage en parachute.

Des quatre équipiers restants, trois ont réussi à échapper aux allemands jusqu’à la libération, le quatrième a été capturé au mois de juillet.

- Robert H. MURRAY (Extraits du rapport d’évasion E&E 2191)
« Nous franchissions la frontière allemande quand nous fûmes attaqués par des chasseurs allemands. Notre avion fut touché et nous quittâmes la formation. Le pilote donna l’ordre d’évacuation, je fus le quatrième à sauter de l’avion.
J’ai atterri dans la cour d’une école au voisinage de La Gleize, en Belgique. Il me sembla que les belges m’attendaient. Un garçon de 16 ans déboucla mon parachute et prit mes autres équipements. Deux prêtres se trouvaient dans la foule autour de moi, ils m’emmenèrent dans un endroit qu’ils avaient marqué sur une carte. Là, je rencontrai quelques belges qui me cachèrent dans un bois. On me donna des vêtements civils et je fus emmené dans une ferme où j’ai rencontré le S/Sgt Kanas. Plus tard, Tolliver et Coleman furent amenés dans la même ferme. A partir de là, mon séjour fut organisé. »
Robert Murray termina son séjour clandestin dans la région liégeoise où il fut libéré par les américains.
Dans le MACR, Robert Murray  indique que le pilote a donné l’ordre d’évacuation lors de l’attaque par les chasseurs ennemis. Il précise aussi qu’il n’a pas vu de feu.

- Harold R. KANAS (Extraits du rapport d’évasion E&E 2118)
« Dès mon atterrissage, un jeune belge me conduisit dans un hangar où trois autres de ses copains me donnèrent des habits civils. Je fus alors conduit en voiture dans une maison où je rencontrai trois autres membres de mon équipage. Un de ceux-ci fut capturé trois mois plus tard. Je fus aidé jusqu’à ma rencontre avec les américains à Liège en septembre ».   
Dans le MACR, Harold Kanas indique qu’il a atterri à Rahier. Il précise  qu’il n’a pas vu d’incendie dans l’avion et qu’il n’a rien vu d’anormal.

- Herbert TOLLIVER (Rapport d’évasion E&E 2086)
Ce rapport indique simplement que le sort de Herbert Tolliver fut identique à celui de Harold Kanas.
Dans le MACR, Herbert Tolliver dit qu’il ne sait pas ce qu’il y avait d’anormal au B-24 quand le pilote a ordonné l’évacuation de l’appareil.

- John C. COLEMAN (Extraits du rapport d’évasion E&E 2067)
« J’ai atterri à Rahier, en Belgique, le 12 avril 1944 vers 14h00. Je fus conduit dans un bois pour la nuit puis dans une ferme où je rencontrai les S/Sgt Murray et le Sgt Kanas. Nous allâmes à Stoumont pour deux jours, puis à Florzé pour six semaines. Finalement, le 22 juillet 1944, les allemands me capturèrent à 3 miles de Liège. Je fus emmené dans une prison dans laquelle se trouvaient 400 à 500 civils. Je fus interrogé 6 fois avec des traitements de toutes sortes. Les allemands voulaient connaître les noms de mes aidants, mais je n’en donnai aucun.
Le 7 septembre les allemands entamèrent leur retraite. La prison fut ouverte et nous rejoignîmes les américains ».
Dans le MACR, John Coleman ajoute qu’il a séjourné un certain temps non seulement avec Rober Murray et Harold Kanas, mais aussi avec Herbert Tolliver qu’il n’a pas cité dans le rapport d’évasion.

Les allemands ont finalement attribué l’équipage du 1Lt Schultz au B-24 de Wideumont ainsi que l’indique l’extrait suivant du rapport KU 1508:


REMARQUE :
Nous avons vu plus haut que Nicholas Vargo parle d’explosion du B-24 et que Robert Owen signale qu’il était en feu.

On peut donc se poser la question suivante :

« Dans de telles conditions, comment ce B-24 a-t-il volé jusque Wideumont, à 53 km du point de chute de l’équipage ? 
Si cela est le cas, l’explosion était très faible et juste suffisante pour éjecter un homme déjà prêt à sauter. Si l’avion était en feu, celui-ci était vraiment peu important.»



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